Comment accompagner une personne en deuil ?

 

Le deuil est un processus naturel de cicatrisation qui se fait en nous, garantissant un lien au défunt, intérieur. C’est un temps de réorganisation psychique et relationnelle, intime et social, qui correspond au désinvestissement progressif de la relation. Aider un proche en deuil peut être source de craintes et d’interrogations : que dire ? Que ne pas dire ? Comment faire ? Faut-il parler de la personne décédée ?

Il n’est pas nécessaire d’être psychologue pour accompagner un proche en deuil. Proposer un espace d’écoute, sans jugement, permet à l’endeuillé de faire le récit des événements, d’exprimer ses émotions et ainsi de se sentir soutenu dans son vécu. Ce positionnement lui permet de rompre avec les sentiments de solitude et d’incompréhension qu’induit le deuil.

Trois questions majeures et complémentaires, que tout un chacun peut poser, sont incontournables dans l’accompagnement du deuil.

1. Que s’est-il passé ?

Accompagner une personne en deuil, c’est l’aider à revenir en détail sur les circonstances du décès. C’est relire avec elle ce qu’il s’est passé avant, pendant et après les évènements, et l’aider à mettre en lumière les émotions associées à ces différents temps. Quelle est la cause du décès ? Comment l’a-t-elle appris ? À quel moment de sa vie ?

Parfois une personne peut « se fixer » sur un fait, un geste, qui peut apparaître dérisoire de l’extérieur. Il est essentiel de cheminer à côté de la personne en deuil, à son rythme, et de ne pas avoir de projet pour elle.

2. Quel proche l’endeuillé a-t-il perdu ?

Le décès d’un proche rompt le lien qui était entretenu avec lui. Le deuil est une traversée intrinsèquement solitaire. C’est la relation unique, telle qu’elle existait, qui meurt en même temps que la personne, expliquant pourquoi un profond sentiment de solitude émerge dans le deuil.
Soutenir la personne en deuil demande ainsi de revenir sur ce lien perdu : qui était-il pour vous ? Quels étaient ses qualités et ses défauts ? Qu’est-ce qui rendait cette relation unique ?

Repérer, accueillir et nommer la souffrance, la colère, la culpabilité, les doutes, les silences, contribue à l’intériorisation du lien au défunt, dans sa complexité et sa richesse. Écouter, sans chercher à consoler pour adoucir les émotions.

Il est sain et aidant d’explorer, parfois encore et encore, ces deux questions. Raconter, se raconter, permet d’apprivoiser les événements et le vécu émotionnel qui s’y rattache, et ainsi, progressivement, de les intérioriser, de leur trouver un espace intérieur. Cette relecture à distance, cette mise en mots des évènements use la charge émotionnelle liée au décès. Elle participe à la cicatrisation du processus du deuil et permet ainsi une nouvelle forme d’attachement au défunt.

3. Où en est l’endeuillé aujourd’hui ?

La perte d’un proche impacte tous les pans d’une existence.  Accompagner une personne en deuil consiste aussi à la soutenir dans la durée sur cinq versants : où en est-elle physiquement ? psychologiquement ? socialement ? administrativement ? spirituellement ?

Enfin, c’est l’aider à repérer ce qui lui fait du bien, à identifier ses ressources qu’elles soient internes ou externes, sociales. C’est aussi explorer avec elle ses rituels, qui peuvent évoluer avec le temps.

Ces trois grandes questions ne se posent pas de manière linéaire. Elles aident à circonscrire le processus de deuil, en permettant à l’endeuillé de relier le passé au présent. Progressivement, elles l’aident à entrevoir l’avenir, souvent terrifiant dans un premier temps. Cette posture requiert d’être soi-même disponible, afin d’avoir « une juste distance entre son propre vécu et celui de l’endeuillé » comme le soulignait le Dr. Michel Hanus, fondateur de l’association Empreintes.

Par Thibaud Gravrand, psychologue coordinateur de ligne d’écoute et de l’accompagnement adultes.