Suicide

Repères

En France, 200 000 tentatives de suicide donnent lieu à un contact avec le système de soins et près de 10 500 personnes décèdent par suicide (soit près de trois fois plus que par accidents de la circulation) chaque année. Ce phénomène, reconnu comme un problème de santé publique depuis la fin des années 1990, a conduit à la mise en place d’une politique spécifique de prévention du suicide. Le Programme national d’actions 2011-2014 a succédé à la Stratégie nationale d’actions face au suicide 2000-2005 et en 2013, un Observatoire national du suicide (ONS) a été mis en place (décret n° 2013-809 du 9 septembre 2013). La Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) en assure le secrétariat et le directeur de la Drees la présidence déléguée.


Définition de la crise suicidaire

« La crise suicidaire est une crise psychique dont le risque majeur est le suicide. Il s’agit d’un moment de la vie d’une personne où celle-ci se sent dans une impasse et confrontée à une telle souffrance que la mort apparaît progressivement comme le seul moyen de trouver une issue à cet état de crise. Cet état, caractérisé par des idées suicidaires de plus en plus envahissantes reste toutefois temporaire et réversible » (INPES).

Les facteurs de risques du suicide

Le suicide est un phénomène multifactoriel et complexe, pour lequel une cause précise ne peut être définie, les différents facteurs interagissant les uns avec les autres. La simple addition des différents facteurs de risque ne suffit donc pas à évaluer le risque suicidaire.

Trois types de facteurs de risque peuvent néanmoins être identifiés :

- Les facteurs primaires : les troubles psychiatriques (notamment la dépression), les antécédents personnels et familiaux de suicide, la communication d’une intention suicidaire ou une impulsivité. Ces facteurs, qui peuvent s’additionner et interagir entre eux ont une valeur d’alerte importante au niveau individuel et peuvent être influencés par les traitements ;

- Les facteurs secondaires : les pertes parentales précoces, l’isolement social, le chômage, les difficultés financières et professionnelles, les événements de vie négatifs. Ces facteurs, que l’on peut observer dans l’ensemble de la population, sont faiblement modifiables par une prise en charge en santé et n’ont qu’une faible valeur prédictive en l’absence de facteurs primaires ;

- Les facteurs tertiaires : l’appartenance au sexe masculin, l’âge (le grand âge et le jeune âge sont les plus exposés). Ces facteurs ne peuvent être modifiés et n’ont de valeur prédictive qu’en présence de facteurs primaires et secondaires.


Les signes d’alerte de la crise suicidaire

Le repérage de la crise suicidaire s’appuie sur 3 catégories de signes (Direction Générale de la Santé) :

- L’expression d’idées et d’intentions suicidaires
La personne en crise verbalise certains messages directs ou indirects tels que : « je veux mourir », « je n’en peux plus, je voudrais partir, disparaître ».

Des manifestations de crise psychique
- La personne peut éprouver des malaises divers : fatigue, anxiété, tristesse, irritabilité et agressivité, perte d’appétit ou boulimie, troubles du sommeil, perte du goût des choses, sentiment d’échec et d’inutilité, mauvaise image de soi et sentiment de dévalorisation, impuissance à trouver par soi-même des solutions à ses problèmes, troubles de la mémoire, rumination mentale, appétence alcoolique et tabagique, etc.

Dans un contexte de vulnérabilité
- La dépression, l’impulsivité (décision ou acte brutal incontrôlable, qui écarte le reste, tendance à l’agir, démesure dans la réponse, non-contrôle de l’affectivité, réaction brute sans souplesse, sans élaboration), des affections psychiatriques déjà existantes, les facteurs de personnalité ainsi que l’alcoolisme et la toxicomanie y tiennent une place importante. Dans ce contexte, l’histoire familiale individuelle, des événements de vie douloureux (déplacement, perte d’un être cher, etc.) peuvent être des éléments de précipitation de la crise suicidaire.

Ces premiers signes ne sont, dans leur majorité, ni spécifiques ni exceptionnels pris isolément. C’est leur regroupement, leur association ou leur survenue comme une rupture par rapport au comportement habituel qui doivent alerter l’entourage, le conduire à suspecter l’existence d’une crise suicidaire et à provoquer une investigation complémentaire par le médecin. L’approche de bienveillance, d’écoute, de dialogue et d’accompagnement de l’entourage est un élément essentiel pour l’engagement de cette prise en charge.


Les facteurs de protection contre le suicide

Les premières attitudes recommandées sont les suivantes : l’entourage proche doit essayer d’établir un lien et une relation de confiance avec la personne en adoptant une attitude de bienveillance, d’écoute, de dialogue et d’alliance qui favorisera le recours aux réseaux d’aide et de soins.
Consultez la page Prévention du suicide : Que faire ? A qui s’adresser ?.

L’intégration sociale, le développement de liens sociaux diversifiés (soutien familial, relations amicales diversifiées, soutiens associatifs) sont reconnus comme étant de puissants facteurs de protection contre le suicide.

Des ressources existent, notamment pour la prise en charge thérapeutique de la dépression et des addictions, facteurs de vulnérabilité. Le médecin traitant, les médecins psychiatres et les psychologues, ainsi que les Centre médico-psychologiques (CMP) peuvent aider ou orienter la personne en souffrance vers des aides adaptées. De même, des dispositifs d’aide à distance proposent des services d’écoute garantissant aux appelants anonymat et confidentialité.

Consultez les recommandations issues de la Conférence de consensus de l’Agence nationale d’accréditation et d’évaluation en santé (ANAES) d’octobre 2000 sur « La Crise suicidaire : reconnaître et prendre en charge ».

Ouvrage

Après le suicide d'une procheAprès le suicide d’un proche, Christophe Fauré, Albin Michel 2007.

Une personne que vous aimiez s’est donnée la mort. Face au vide, à la détresse, à l’impuissance, où trouver la force de continuer à avancer – et d’abord de survivre au suicide de son proche ? Face à ce cataclysme, les mots manquent, le deuil lié au suicide est un tabou dans notre société. Christophe Fauré aborde tous les aspects de cette souffrance : le gouffre de la culpabilité, la colère, le vécu dépressif et le désespoir, la tentation d’en finir à son tour, les difficultés dans la relation avec autrui, l’extrême solitude, le désarroi des proches… À partir de nombreux témoignages, il s’adresse à celui qui reste lorsque l’autre est parti et à son entourage, si démuni pour l’aider.

Témoignages

9782226180506g

Ce lien qui ne meurt jamais, Lytta Basset, Le livre de Poche, 2010.

« Aucun livre ne m’a autant coûté. Sa matrice est un journal intime que j’ai entrepris de tenir dès les premières semaines du deuil, après le suicide de notre fils Samuel, âgé de 24 ans…
Au plus épais du brouillard qui avait alors avalé tous mes repères, il m’avait semblé discerner quelques lucioles sur le sentier incertain que je suivais en funambule. Cinq ans plus tard, j’ai repris des éléments de ce document autobiographique en les rédigeant à la troisième personne, et en les accompagnant de méditations ou réflexions formulées en “je”…
Déjà, de vive voix, j’avais commencé à aborder publiquement ces sujets demeurés largement tabous dans nos sociétés occidentales : la mort, le suicide, l’au-delà, notre rapport aux réalités invisibles… Et chaque fois ces interventions suscitaient des confidences, des personnes bouleversées par le retour d’une mémoire occultée ou raillée par les autres, me demandaient de témoigner.
Le chemin de vérité qui mène à une Vie plus forte que l’irréparable n’est pas l’apanage des croyants. Le clivage est ailleurs. Il dépend de l’orientation choisie : malgré ou à travers la mort de notre proche, désirons-nous ardemment aller vers ce qui vit, ou décidons-nous d’étouffer ce désir en nous ? ».

Rapports

Observatoire national du suicide

 L’Observatoire national du suicide créé en 2013 est chargé de coordonner et d’améliorer les connaissances sur le suicide, les tentatives de suicide et les moyens d’y faire face, ainsi que de produire des recommandations, notamment en matière de prévention. Il est composé d’experts, de professionnels de santé, de parlementaires, de représentants d’administrations centrales et de représentants d’associations de familles et d’usagers. Voir le compte-rendu de l’assemblée plénière du 10 septembre 2013 et le communiqué de presse du 9 septembre 2013.

Le premier rapport annuel

Le premier rapport de l’Observatoire national du suicide a été remis le 2 décembre 2014 à la ministre chargée de la santé. Il constitue un premier état des lieux des connaissances sur le suicide et les tentatives de suicide en France et comporte des premières recommandations qui vont servir à l’élaboration d’un nouveau programme national d’actions contre le suicide. Le rapport met en évidence des inégalités sociales très marquées : les agriculteurs exploitants sont deux à trois fois plus touchés par le suicide que les cadres ; le suicide touche davantage les ouvriers que les cadres. Les personnes sans activité salariée sont les plus touchées.

Institut de Veille Sanitaire INVS

BEH Bulletin épidémiologique hebdomadaire N° 47-48/2011
Suicide et activité professionnelle en France : premières exploitations de données disponibles. Cohidon C, Geoffroy-Perez B, Fouquet A, Le Naour C, Goldberg M, Imbernon E., Saint-Maurice (Fra) : Institut de veille sanitaire, avril 2010. 8 p. Disponible sur : www.invs.sante.fr

SANTE.GOUV.FR
La mortalité par suicide en France en 2006, Études et résultats N° 702, septembre 2009
Données épidémiologiques.
– Études et Résultats. N ° 488, mai 2006, DRESS : Suicides et tentatives de suicide en France.
– Etudes et Résultats. N°109, Avril 2001, Direction de la Recherche des Etudes de l’Evaluation et des Statistiques : Suicides et tentatives de suicide en France une tentative de cadrage statistique.
– Etudes et résultats N°185. Aout 2002, DREES : L’évolution des suicides sur longue période : le rôle des effets d’âge, de date et de génération
– SERIE ETUDES n° 30, avril 2003, DREES, Évaluation de la qualité des données de mortalité par suicide : « Biais et impact sur les données nationales en France, à partir des causes indéterminées quant à l’intention ».

Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale INSERM

Base de données sur les causes de décès : http://www.cepidc.vesinet.inserm.fr
Causes de décès « Causes externes de blessure et d’empoisonnement » puis sous rubrique suicides chiffres par tranches d’âge et par années.

Institut national de la statistique et des études économiques INSEE

Dossier suicide : http://www.insee.fr/fr/publications-et-services/default.asp?page=dossiers_web/dev_durable/taux_deces_suicide.htm

Fédération Nationale des Observatoires Régionaux de la Santé FNORS
Les chiffres de la FNORS : par sexe, par régions et départements.
La santé observée dans les régions de France : chapitre 8.5 – Les Suicides. (Mise à jour N°1, 2000). « Le suicide dans les régions françaises » Fédération Nationale des Observatoires Régionaux de Santé (février 2007)

Institut National d’Etudes Démographiques

INED
Population & sociétés N°334 : « Suicide et mal-être. » Avril 1998
Population et Sociétés, n° 395 :  » Les morts violentes dans le monde« 

Revue Santé Publique
ÉTAT DES LIEUX DE LA SURVEILLANCE DE LA SANTÉ MENTALE EN FRANCE
Christine Chan Chee et al. S.F.S.P. | Santé Publique 2011/HS – Vol. 23
pages 11 à 29 Santé publique, volume 23, Supplément N° 6, Novembre-Décembre 2011.
Autopsie psychologique. Mise en œuvre et démarches associées (2008)
Suicide : Autopsie psychologique, outil de recherche en prévention (2005)
« Tentatives de suicide à l’adolescence : souffrance singulière et mal-être social » dans Santé, inégalités, ruptures sociales en Ile-de-France INSERM – U 444, Paris, le 22 mai 2003
Le Réseau SENTINELLES développé depuis 1984 dans l’unité INSERM U444, Tentatives de suicide Surveillance à partir de 1999, dont l’objectif est d’estimer l’incidence des tentatives de suicide et suivre sa variation dans le temps.
– Sentiweb hebdo Travaux de recherches :
 » Recours aux médecins généralistes avant un acte suicidaire chez l’adulte » Par ClémentTurbelin Inserm U707,Université Pierre et Marie Curie, Paris N° 2006-07 21/02/2006 du 13 au 19 février 2006.

SOFRES
Les Français et la prévention du suicide, etude sur la prévention du suicide auprès des Français, réalisée en Février 2000.
Les élus locaux et la prévention du suicide, 29 janvier 2001.
Résultats de l’étude épidémiologique ESEMED : Effectuée en population générale, l’enquête ESEMED révèle que les Français déclarent plus de troubles mentaux que leurs voisins européens
Rapport en anglais il y a un chapitre sur le suicide

La revue ADSP (Actualité et dossier en santé publique) de L’HCSP
La prévention du suicide, adsp n° 45, décembre 2003.
chapitre « Épidémiologie et histoire de la prévention du suicide (p 13).

– Batt A., Campeon A., Leguay D., Lecorps P. Épidémiologie du phénomène suicidaire : complexité, pluralité des approches et prévention. EMC (Elsevier Masson SAS, Paris), Psychiatrie, 37-500-A-20, 2007.

Europe, autres pays comparaisons

OMS
Organisation Mondiale de la Santé
Genève – Suisse
Suicide prevention and special programmes (En anglais)
Suicide
taux de suicide et nombres absolus de suicides par pays
Rapport sur la Santé dans le monde 2001 : Suicide

EUROSTAT
Principale source de statistiques au niveau européen. Accès thématique et par l’intermédiaire de bases de données. Service de demandes de données ou d’extraction de données sur mesure en ligne.
Retrouvez les chiffres du suicide par pays européen, par sexe et tranches d’âge.

Impact

Logo etudes sur la mortLes risques de dépression grave lors du deuil après suicide

Chavagnat Jean Jacques, « Les risques de dépression grave lors du deuil après suicide. », Études sur la mort 1/2005 (no 127) , p. 59-67
URL : www.cairn.info/revue-etudes-sur-la-mort-2005-1-page-59.htm.

« Des travaux américains multiples, notamment ceux de Progerson (1995 et 1999), nous montrent que ce deuil traumatique est prédictif de problèmes psychologiques et somatiques, avec une augmentation de symptômes psychopathologiques, notamment de dépression et d’anxiété, d’état de stress post-traumatique, de suicide, de morbidité accrue, notamment de maladies cardio-vasculaires ».

Le caractère soudain ou inattendu de la mort est un facteur de deuil compliqué. Le deuil après suicide en est le paradigme : comment vivre après le suicide d’un être cher ? Quelle vie pour les survivants ?

logo-UNPS-20111« La mort sociale », René Padieu

in Cahiers de la prévention du suicide n°5, UNPS, Paris, 2011.

« Hypothèse : le suicide serait – du moins quelque fois – une inversion de l’ordre «naturel» de la mort physique et de la mort sociale ? Plus précisément encore : une représentation que nous avons, vraie ou imaginée, que notre mort sociale appelle notre mort physique ». Lire ici : Mort sociale (René Padieu) (1)

Organismes

btn-ons-fnd-vert-de093Suicide : Discours de Mme la Ministre de la Santé, Marisol Touraine.

Mesdames et Messieurs les parlementaires, Monsieur le Directeur de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, Mesdames et Messieurs,
Le suicide concerne chacun d’entre nous, il concerne la société tout entière. Il est un appel au secours, il s’impose parfois comme l’ultime recours pour des personnes seules, des jeunes en détresse ou des âgés malades. Le suicide peut survenir partout : dans nos centres ville, nos quartiers et nos campagnes, dans nos entreprises et nos maisons de retraite. Il est un acte intime qui frappe tous les milieux sociaux, sans exception. Toutefois, nous partageons tous ici une conviction : le suicide, bien qu’intimement individuel, peut être combattu collectivement. Sa prévention ne peut pas, et ne doit pas, rester confidentielle. Aujourd’hui, la réalité du suicide est encore mal connue. Elle reste un sujet tabou, un sujet dont on ose peu parler. Nous disposons d’innombrables informations sur le suicide. Mais toutes ces données sont mal coordonnées. Nos connaissances sur les tentatives de suicide restent trop faibles et mal documentées. Si nous voulons prévenir et agir en amont, il est indispensable de mieux analyser les comportements qui devraient nous alerter, notamment chez les jeunes ou les personnes âgées. C’est la raison pour laquelle j’ai annoncé, en février dernier, au Conseil économique, social et environnemental (CESE), la création d’un Observatoire national du suicide, suivant en cela l’une de ses préconisations. Je tiens à rassurer les sceptiques : mieux connaître ne sera pas un prétexte pour ne pas agir. Au contraire, décider de mieux repérer, de mieux alerter et de mieux prévenir, c’est ne pas céder à la fatalité.
I/ C’est rappeler que le suicide est d’abord et avant tout un enjeu de santé publique. En France, toutes les 50 minutes, une personne se suicide. Chaque année, près de 11 000 de nos concitoyens mettent fin à leurs jours. 11 000 morts par an : c’est trois fois plus que les accidents de la route ! Il faut aussi redire sans cesse que le suicide est la première cause de décès chez les 25-34 ans et la 2ème chez les jeunes de 15-24 ans. Dans le même temps, 220 000 tentatives de suicide sont recensées tous les ans, conduisant à une prise en charge dans nos services d’urgence. La moitié d’entre elles débouche sur une hospitalisation. Au cours de ces 25 dernières années, des progrès ont été réalisés grâce à la mobilisation de tous : le taux de suicide a baissé de 20%. Toutefois, il a diminué trois fois moins vite que l’ensemble des morts violentes. Certaines tranches d’âges sont même confrontées à une hausse du taux de suicide : c’est le cas des 45-54 ans. Les personnes âgées sont aussi particulièrement touchées : un tiers de celles et ceux qui se suicident a plus de 60 ans. La radicalité de leur geste est souvent le fruit d’une extrême solitude. S’il n’est pas une fatalité, si les pouvoirs publics ont les moyens de le combattre, c’est parce que le suicide n’est pas seulement la conséquence d’un choix individuel : il est d’abord un fait social. Et existe-t-il un signe plus fort que les inégalités face au suicide pour attester de cette réalité ? Ces inégalités, le rapport du Conseil Economique, Social et Environnemental les a de nouveau montrées.
D’abord, les comportements entre les hommes et les femmes diffèrent : les premiers sont trois fois plus nombreux à se donner la mort, lorsque les secondes effectuent deux fois plus de tentatives. Dans le même temps, les disparités sociales sont choquantes : les ouvriers sont trois fois plus touchés que les cadres. Celles et ceux qui sont frappés par l’isolement, par la précarité, par le chômage, par le mal-être au travail ou par des ruptures de vie en sont les premières victimes. Par ailleurs, les minorités sexuelles sont surexposées, et en particulier les plus jeunes, qui doivent souvent affronter des discriminations importantes au moment de l’adolescence. L’homophobie tue, n’ayons pas peur des mots. Le lieu de vie, enfin, semble déterminant. On observe en effet des disparités flagrantes entre les régions : les taux les plus élevés concernent la Bretagne et la Basse-Normandie. La France est enfin bien plus touchée que ses voisins européens.
II/ Le suicide n’est pas une fatalité. Nous avons donc la responsabilité et le devoir de nous mobiliser pour agir Le travail des professionnels et des associations montre chaque jour que nous ne sommes pas impuissants face au suicide. De nombreuses initiatives se sont avérées efficaces : je sais d’ailleurs que certaines personnes présentes dans cette salle aujourd’hui se sont personnellement engagées sur ce sujet. Plusieurs des dispositifs que vous avez déployés ont fait la preuve de leur efficacité pour prévenir le suicide. Au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) de Lille, par exemple, certaines expérimentations visent à maintenir un lien fort avec les personnes après leur sortie de l’hôpital : et les résultats sont là, puisque les récidives ont été réduites de manière significative. Néanmoins, il est encore essentiel de mieux comprendre le suicide. Les statistiques sont là, mais elles ne suffisent pas pour améliorer nos politiques de dépistage. Par ailleurs, l’évaluation de nos politiques publiques demeure relativement pauvre.
III/ Le lancement de l’observatoire national du suicide marque donc une étape importante. Ce combat est un enjeu de santé publique. Mais il doit mobiliser beaucoup plus largement. Il requiert que nous soyons collectivement engagés. C’est la raison pour laquelle j’ai voulu que la composition de cet observatoire soit plurielle. Les associations, d’abord, seront au premier plan. Celles qui représentent les usagers du système de santé, les proches des personnes malades et les associations d’écoute et de prévention du suicide mettront au service de tous leur expérience de terrain. Leur capacité à se mobiliser au plus près de nos concitoyens et à être à l’écoute des personnes vulnérables sera décisive. Les professionnels de santé occuperont aussi une place déterminante. Des psychiatres, des médecins légistes, des urgentistes, des médecins généralistes, des médecins du travail et des médecins scolaires permettront tous d’apporter une expertise médicale à la compréhension du suicide. Des chercheurs, notamment des sociologues, des spécialistes du suicide et des parlementaires seront également étroitement associés. Par ailleurs, les pouvoirs publics joueront pleinement leur rôle. La question du suicide doit être appréhendée dans toutes ses composantes. Elle doit faire intervenir l’Éducation nationale, le ministère de la justice, celui du travail, celui de l’Enseignement supérieur et de la recherche, le ministère de l’intérieur et celui de l’agriculture. Au total, sept ministères seront représentés au sein de l’observatoire, ainsi que des agences régionales de santé (ARS), des opérateurs et des caisses d’assurance maladie.
Enfin, je tiens à remercier la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), à laquelle l’observatoire national du suicide sera rattaché. C’est la mission première de la DREES que de doter l’Etat d’une meilleure capacité d’observation, d’expertise et d’évaluation. Je sais ainsi pouvoir compter sur elle, et sur l’engagement de ses agents, pour aider les pouvoirs publics à appréhender le suicide dans toute sa complexité. Je sais également que les sollicitations ont été nombreuses pour participer aux travaux de l’observatoire. Et je m’en réjouis, car elles illustrent la nécessité de franchir une nouvelle étape dans la compréhension du suicide. Chacun pourra ainsi contribuer aux travaux par le biais de groupes de travail.
IV/ La responsabilité de l’Observatoire national du suicide sera grande. Ses membres auront pour mission de mieux coordonner les informations existantes, de mieux repérer et de mieux alerter. Ils auront la charge d’adresser des recommandations aux décideurs publics. L’observatoire produira un rapport annuel, en développant à chaque fois plus particulièrement une thématique spécifique. Les modalités de son travail seront rapidement précisées et des groupes seront constitués pour avancer, notamment, dans le domaine de la recherche et dans celui de la prévention. Plusieurs axes thématiques pourront être développés : je pense, par exemple, au suicide des personnes âgées, qui fait l’objet de travaux conduits par Michèle DELAUNAY. Sur ce sujet, nous savons qu’il y a urgence !

Nous avons donc la responsabilité de trouver rapidement des solutions. Mesdames et Messieurs, En matière de suicide, nous ne sommes pas condamnés à l’inaction. Vous pouvez être certains de ma détermination sans faille pour conduire ce combat. La mise en place de l’Observatoire national du suicide s’accompagnera d’une politique volontariste en la matière. Nous n’avons d’ailleurs pas attendu et des mesures ont d’ores et déjà été mises en œuvre : j’ai à l’esprit les actions à destination des jeunes et de leurs parents, la prévention du suicide en ligne ou le renforcement de la formation des professionnels au contact des personnes vulnérables. Tout ne reposera donc pas sur l’Observatoire national du suicide : mais il sera un outil indispensable pour mieux connaître, mieux prévenir et conduire plus efficacement notre combat contre le suicide.


LOGO-GEPSAbLe Groupement d’études et de prévention du suicide

Crée en 1969, le GEPS est une association Loi 1901 qui a pour vocation de regrouper des professionnels et des intervenants concernés par les problèmes du suicide.
A ce jour l’association représente plus de 100 membres répartis sur le territoire français et les pays francophones. Psychiatres, médecins, psycholoques, infirmiers, éducateurs, assistants sociaux, élus, chercheurs ou autres professions sont représentés.

Les missions du GEPS sont :

  • promouvoir et coordonner les recherches dans le domaine du suicide,
  • favoriser toutes les demandes susceptibles d’aboutir à la création d’organisations et d’actions de prévention du suicide,
  • agir auprès des organismes compétents afin d’élaborer un programme cohérent de prévention du suicide,
  • représenter officiellement les réalisations nationales au sein de l’Association Internationale pour la Prévention du Suicide (I.A.S.P).

Brochure

Brochure « Vous êtes en deuil après suicide »

Vous êtes en deuil après un suicide

Empreintes Vivre son deuil Ile-de-France a créé avec l’Union Nationale de Prévention du suicide une brochure à l’attention des personnes touchées par un deuil après suicide. Elle a été actualisée par les acteurs de l’UNPS.

Brochure à découvrir ici Vous êtes en deuil après un suicide