Impact sur la scolarité

Logo_Fondation_H_SoutienFondation OCIRP enquête Ecole et Orphelins 2017

Extraits :

Les jeunes orphelins sont les enfants, les adolescents et les jeunes adultes qui ont perdu leur père, leur mère ou leurs deux parents par décès. En 1999, d’après l’enquête « Étude de l’histoire familiale », il y avait 800 000 orphelins de moins de 25 ans en France, dont 330 000 mineurs (Monnier, Pennec, 2003). Il est très probable que le nombre et la proportion d’orphelins aient diminué, depuis. En effet, la mortalité des adultes diminue régulièrement.

Selon l’étude Ined (Institut national d’études démographiques) de 2003, menée à l’issue du recensement de l’Insee en 1999, la France compterait 800 000 orphelins de moins de 25 ans, ce qui représenterait un orphelin en moyenne par classe dans notre pays, deux lorsqu’il s’agit du lycée.

Absents des études sociologiques sur la famille, ils sont catégorisés dans les familles monoparentales, sans différence avec les enfants de parents divorcés.

Orphelins : de trop rares données…

  • 1 adulte sur 10 a perdu un parent avant l’âge de 20 ans (Drees, 2008).
  • 7 fois sur 10, il s’agit du père (Drees, 2008).
  • 28 % des adultes ayant perdu un parent pendant l’enfance ne sont titulaires d’aucun diplôme, contre 17 % de l’ensemble des adultes (Drees, 2008).
  • 7 % détiennent un diplôme bac+2 contre 12 % de l’ensemble des adultes (Drees, 2008).
  • 26 % des veuves âgées de 25 à 44 ans ont des revenus inférieurs au seuil de pauvreté, contre 17 % des divorcées (enquête Unaf-Favec, 2011).

Conséquences du deuil sur le parcours scolaire de ces enfants et jeunes endeuillés : surinvestissement ou décrochage scolaire, problèmes d’attention, troubles de la mémorisation, difficultés relationnelles, comportements agressifs, auto-exclusion du groupe… Cette enquête comporte des parcours de vie éclairant leurs difficultés d’un point de vue élargi et l’impact sur leur santé, leurs relations familiales, amicales ou encore amoureuses…

Actions concrètes :

  • outils pour relayer les « bonnes pratiques »
  • sessions de sensibilisation et de formations ponctuelles dispensées par des associations spécialistes de l’accompagnement du deuil chez l’enfant et l’adolescent.

Après le décès d’un parent, la question du retour à l’école se pose très vite pour l’enfant ou l’adolescent endeuillé. Trop vite, bien souvent. Lieu refuge par excellence, synonyme de retour à la vie normale, l’école ne doit pas pour autant constituer une échappatoire face aux réalités du deuil que chaque orphelin est amené à affronter.

Retour en classe

  • 73 % des élèves orphelins interrogés ont fait leur retour à l’école rapidement après le décès.
  • 31 % n’ont pas manqué l’école.
  • 42 % n’ont pas été absents plus d’une semaine après le décès.
  • 44 % ne souhaitaient pas retourner à l’école.
  • 66 % des élèves orphelins se sont sentis différents des autres lors de leur retour à l’école.

Ne pas dire mais faire savoir

Lorsqu’un enfant ou un adolescent devient orphelin, il n’a pas envie d’être surexposé au regard des autres. S’il souhaite que l’information soit donnée à l’équipe éducative de son établissement, cela ne signifie pas pour autant qu’il a envie d’en parler ou qu’on lui pose des questions. Il peut à la fois avoir besoin de se confier, sans que sa situation ne devienne le sujet de la cour de récréation.

C’est tout le paradoxe des élèves orphelins : un équilibre difficile à trouver entre ce qui peut être partagé, avec qui et comment…

  • 31 % des élèves ne voulaient pas en parler
  • 30 % ne voulaient pas qu’on leur en parle.
  • 59 % des élèves orphelins ont fait comme si de rien n’était.
  • 72 % souhaiteraient ne remplir qu’une seule fiche de renseignements pour éviter la répétition des demandes (question aux 15 ans et plus).
  • 49 % souhaiteraient pouvoir indiquer dans une case « infos personnelles » qu’ils sont orphelins (question aux 15 ans et plus).
  • 71 % souhaiteraient qu’il y ait une case prévue pour indiquer le décès du parent (question aux 15 ans et plus).

Impact du deuil

Relations familiales, sociales, amoureuses… difficultés scolaires… choix d’orientation puis choix professionnels… les conséquences de la perte d’un ou des deux parents sont nombreuses et diffèrent selon les individus.

Survenant en pleine période de construction chez l’enfant ou l’adolescent, ces impacts se manifestent aussi bien à brève échéance qu’à plus long terme, influençant profondément le parcours de vie des orphelins.

  • 77 % des élèves orphelins indiquent au moins un impact négatif sur la scolarité.
  • 38 % estiment avoir eu des problèmes de concentration.
  • 34 % des difficultés pour apprendre de nouvelles leçons et faire leurs devoirs.

Sur le plan scolaire, les difficultés peuvent concerner l’efficience cognitive, définie comme le fonctionnement optimal d’un individu dans le domaine intellectuel.

En particulier, la mémorisation semble diminuée chez beaucoup d’enfants orphelins. Si la mémoire à long terme n’est pas affectée (les sept jours de la semaine, les 12 mois de l’année, etc.), la mémoire de travail, dite « immédiate » (répéter des séries de chiffres à l’endroit ou à l’envers, ou des séries de mots), semble directement concernée par ces changements. Cela témoigne également d’une diminution des capacités de concentration.

On observe, par ailleurs, une érosion de l’image de soi se traduisant par un moindre sentiment d’efficacité personnelle à l’école chez les enfants et un moindre sentiment de compétence générale chez les adolescents. De nombreux d’enfants et adolescents orphelins intègrent, ainsi, une image dégradée de leurs propres capacités. Cela pourrait être lié à la place très importante tenue par les parents. En effet, le décès d’un parent s’accompagne inévitablement de la disparition de ses jugements et de ses conseils. Or, l’image de soi d’un enfant est étroitement liée au jugement des personnes importantes à ses yeux, et en premier lieu ses parents.

Si les difficultés de mémoire et de concentration semblent se résorber au cours de l’adolescence, notamment parce que l’enfant met en oeuvre des mécanismes de compensation pour retrouver un bon niveau de performance scolaire, il n’en demeure pas moins que ces difficultés ont imprimé une marque durable sur l’image que ces enfants ont d’eux-mêmes.

Des choix d’avenir remaniés

Décrochage scolaire ou, a contrario, surinvestissement : les réactions des enfants et adolescents devenus orphelins varient beaucoup entre ces deux extrêmes.

La réduction progressive de l’investissement scolaire peut s’expliquer par l’apparition de symptômes phobiques vis-à-vis de l’école, par la baisse d’efficience, mais aussi par le manque d’attention et de soutien envers l’enfant. Pourtant, devenir orphelin n’est pas synonyme d’échec scolaire programmé. Tout dépend, naturellement, en partie des ressources mobilisables en chaque individu et dans son environnement social et familial. Le surinvestissement scolaire, quant à lui, peut être attribué à la volonté que marque l’enfant de créer les conditions d’une fierté retrouvée chez l’être cher disparu. Un phénomène qui témoigne d’une maturité accélérée. Le profond bouleversement affectif que constitue la perte d’un parent ou des deux parents peut également influer, chez les jeunes orphelins, sur le choix de l’activité professionnelle qu’ils souhaitent exercer. Il n’est pas rare, en effet, de retrouver certains orphelins, bien des années plus tard, exerçant des métiers où les dimensions humaines et relationnelles sont très présentes comme les professions à caractère médical ou social, par exemple.

En dehors de l’école
  • 84 % (1) des élèves orphelins estiment que le décès a eu un effet sur leurs relations familiales.
  • 55 % (1) des élèves orphelins estiment que le décès a eu un effet sur leurs relations amicales et
  • 49 % (1) sur leurs relations amoureuses.
  • 49 % (1) des élèves orphelins estiment que le décès a eu un effet sur leur santé
  • 42 % (2) sur leur désir de fonder une famille.
  • 40 % des parents interrogés ont observé un changement de comportement chez leur enfant orphelin : agitation, agressivité, défiance, repli ou isolement.
  1. Questions aux 15 ans et plus.
  2. Question aux 18 ans et plus.

images (2)Perdre un parent pendant l’enfance : quels effets sur le parcours scolaire, professionnel, familial et sur la santé à l’âge adulte?

Nathalie BLANPAINN, 668 • octobre 2008
Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES)
Ministère du Travail, des Relations sociales, de la Famille et de la Solidarité, Ministère de la Santé, de la Jeunesse, des Sports et de la Vie associative Ministère du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique.
Même si cela est devenu plus rare au fil des générations, être orphelin de père ou de
mère avant l’âge de 20 ans concerne, en 2006, 11 % des adultes de 20 à 75 ans, la
plupart d’entre eux étant devenus orphelins de père. Perdre un parent pendant l’enfance concerne davantage les enfants d’origine sociale modeste (7% d’orphelins de père parmi les enfants d’ouvriers contre 3% parmi les enfants de cadres) et issus d’une fratrie nombreuse.
C’est un risque social qui peut modifier la destinée d’un individu. Les données montrent en effet que devenir orphelin avant l’âge de 20 ans peut rendre plus difficile l’accès à un diplôme (le décès du père diminue de 6 points les chances d’obtenir le baccalauréat), ce qui peut conditionner la suite du parcours professionnel. Des études plus courtes incitent également à entrer dans la conjugalité et à fonder une famille plus précocement. Enfin, les personnes ayant perdu un parent pendant l’enfance déclarent un peu plus souvent que les autres un mauvais état de santé physique, ce qui peut s’expliquer par leur niveau de diplôme ou leur profession, ou par d’autres facteurs comme de moins bonnes conditions de vie pendant l’enfance.
Etude à lire ici.Perdre un parent pendant l’enfance, quels effets sur le parcours. DREES N 668.octobre 2008